JETTE TOI DANS LA RIVIÈRE
Je suis né dans une famille ouvrière. Mes parents nous ont eus très jeunes ; ma mère avait trois enfants à l’âge de vingt et un ans.
Je suis le cadet de la famille. Mon frère aîné avait un handicap mental lourd (incompatibilité sanguine de mes parents) et, à l’âge de trois ans, il a été placé dans une institution spécialisée. Il est décédé en 1995, à trente et un ans. J’ai également une sœur qui a deux ans de plus que moi et dont j’ai toujours été proche.
Mon père était peintre en bâtiment et, en 1980, à l’âge de trente-six ans, il a été victime d’un infarctus suivi d’une angine de poitrine. Il a subi un triple pontage à trente-sept ans. Depuis cet événement, il n’a jamais retravaillé, ayant été reconnu invalide. Ainsi, il était toujours présent à la maison depuis mes onze ans.
Mon père avait de gros problèmes d’alcool, ce qui le rendait très hargneux et me poussait, dès que j’en avais la possibilité, à partir de la maison. Je préférai être chez des copains, dans des lieux plus apaisants.
Depuis cette époque, ma mère a dû trouver un emploi. Nous habitions Vesoul, mais il nous a fallu déménager à Besançon, afin d’être plus proches de l’hôpital.
En tant qu’enfant, je restais toujours attaché à ma mère, au point que, lorsque j’étais sur ses genoux et qu’elle me posait au sol, « j’hurlais » pour qu’elle me reprenne. Avec le temps, j’ai fait ma propre analyse (qui n’est pas forcément vraie). Peut-être que je ne voulais pas que mes parents me laissent dans un centre, comme mon frère ? Cela peut également montrer que je suis une personne qui a énormément besoin de liens d’amour.
J’ai également rencontré des difficultés à l’école, davantage par sentiment d’infériorité que par manque de capacités. J’étais aussi rempli de craintes et d’un besoin vital de tout faire pour être accepté par les autres et être aimé.
Ce besoin a influencé tout le reste de ma vie, et cela était souvent reconnu comme une faiblesse. Au point que, quand je suis devenu adolescent, cela s’est amplifié et est devenu comme une blessure dans mon cœur qui influençait toute ma vie. J’avais peur des autres, je me sentais tellement diminué et j’avais un énorme manque de confiance en moi. À cause de cela, je suis devenu « le souffre-douleur » d’un groupe. Je subissais des moqueries. Ils profitaient de cette situation, de cette faiblesse. Et je me suis souvent retrouvé dans des situations tellement honteuses et humiliantes.
Je supportais ces choses comme ayant encore ce besoin d’être accepté. Je cherchais simplement de la considération et des amis. Je voulais être respecté. Pour cela, je faisais également beaucoup de sport. C’était un peu mon refuge, ma drogue. Je voulais être fort pour pouvoir impressionner. J’ai même pratiqué la boxe pour que personne ne puisse encore abuser de moi, mais cela n’a pas fonctionné.
Je souffrais tant de ce manque d’amour et de considération… Il fallait absolument que je trouve un moyen de remplir ce vide ! Alors j’allais de fille en fille, mais cela ne fonctionnait pas non plus.
Mon cœur était de plus en plus détruit. Une grande détresse s’était emparée de moi. Il fallait que je m’endurcisse, alors j’ai décidé de m’engager dans l’armée, et là encore, j’ai subi un traumatisme, j’ai été victime d’un viol…
À l’époque, je n’avais encore rien osé dire, par peur des représailles. Après une désertion, je me suis rendu à l’hôpital militaire de Strasbourg et je me suis retrouvé hospitalisé en psychiatrie.
L’armée m’a réformé. Je suis donc revenu à Besançon avec une blessure non guérie et aggravée. J’avais mal et j’étais de plus en plus désespéré. Alors je me suis dit qu’il fallait que je trouve une stabilité dans ma vie. À cette époque, j’ai rencontré Béatrice et on s’est mariés en 1992. J’ai aussi trouvé un travail de barman. Je voulais essayer de faire page blanche de ce qui s’était passé.
Cela a fonctionné un moment, mais petit à petit, je n’arrivais plus à faire face et à tenir. Aussi, j’ai commencé à me réfugier dans l’alcool. Je rentrais de plus en plus tard et de plus en plus saoul. Je suis reparti dans les mêmes dérives qu’auparavant et cela allait de moins en moins bien.
Mon couple était au bord de la rupture, j’avais l’impression de me trouver dans une tornade qui m’entraînait vers le bas. Alors que je n’étais pas loin d’atteindre ce point de non-retour, un ami m’a parlé de Jésus. Il m’a simplement dit une phrase qui allait transformer ma vie : « Si tu ne donnes pas ta vie à Jésus, tu ne pourras pas t’en sortir. »
Et un soir, alors que j’étais en repos, je me suis mis à boire plus que de raison et je me suis fâché avec quelqu’un dans un bar. Complètement ivre, je suis parti en voiture à toute vitesse et j’ai foncé dans une autre voiture garée sur le parking où j’étais. J’ai laissé la voiture sur place et je suis ensuite parti à pied.
En marchant, je suis passé devant le temple protestant de Besançon. Et en passant devant ce bâtiment, la phrase dite par mon ami m’est revenue : «si tu ne donnes pas ta vie à Jésus, tu ne pourras pas t’en sortir». Alors que dans mon cœur je ressentais une telle colère, un tel désespoir, je ne voyais plus qu’une seule issue : « Il faut que Dieu me sorte de cet enfer. ». À l’époque j’étais persuadé que, pour parler à Dieu, il fallait que cela soit à l’intérieur d’une enceinte religieuse. Donc, j’ai frappé très fort à la porte du temple pour que l’on m’ouvre. Le pasteur est descendu voir ce qui se passait. Je me suis mis à genoux devant lui en le suppliant de m’ouvrir la porte.
Voyant que j’étais ivre et que j’étais dans un état hystérique. Il m’a conseillé de repartir chez moi et d’aller me coucher.
Je suis donc reparti, malheureux de n’avoir pas pu parler à Dieu et me disant en moi-même qu’il n’existait pas. Et d’ailleurs, s’il existait, pourquoi me répondrait-il, à moi l’homme insignifiant ? Dès ce moment, j’étais persuadé que vivre ne servait à rien… Pourquoi être et rester dans cette souffrance ?
Sur le chemin du retour, j’ai traversé un pont, et une pensée est soudainement venue dans mon cœur « jette-toi dans la rivière ». Mais, tout de suite après, une autre pensée m’est venue : « ça ne sert à rien, tu sais bien nager ». C’est rassurant de voir que même alcoolisés, nous pouvons avoir des pensées sensées.
Je suis donc arrivé chez moi. J’ai tout de suite pris un couteau voulant me couper les veines… je n’y parvins pas… « trop dur ». Pour rappel, j’étais encore très alcoolisé. Je vis le fer à repasser. Je l’enroulais autour d’une poignée de porte et je mis le fil de la prise autour de mon cou. Couché au sol, j’ai poussé la porte. Je me suis ensuite évanoui ou endormi, sûrement à cause de la dose d’alcool, mais pas à cause de mon geste.
Ma femme et l’ami qui m’a parlé de Jésus m’ont trouvé, allongé sur le sol, et ont donc appelé tout de suite les urgences. Je fus immédiatement hospitalisé en psychiatrie pour tentative de suicide.
Le lendemain, l’effet de l’alcool était parti, mais je me suis rappelé tout ce qui s’était passé. Je me suis dit en moi-même : « Je dois sortir d’ici et aller à une réunion dans l’église de mon ami ». Mais je me disais : « s’il ne se passe rien, je vais vraiment mettre fin à mes jours ».
Je suis sorti le jour même, en signant une décharge. Quelques jours après, je me suis rendu dans cette église. Le prédicateur a commencé à parler, et ses paroles me transpercèrent le cœur, plus particulièrement un verset de la Bible : « Quand un malheureux crie, l’Éternel entend, et il le sauve de toutes ses détresses. » (Psaumes 34 :6). Ce jour-là, j’ai été convaincu que Dieu existait et, une semaine après, je lui ai confié ma vie.
Le miracle de la reconstruction :
Mon épouse Béatrice a donné son cœur à Jésus une semaine après moi. Elle a décidé de pardonner mes écarts, même si nous étions très proches de la rupture. À nouveau il y avait l’espoir d’une possible reconstruction.
Dieu a reconstruit ce qui était humainement impossible à faire. Mais avec Dieu, tout est possible. Nous avons fêté cette année nos 32 ans de mariage et nous sommes très heureux. Notre couple est aujourd’hui une force.
Dieu m’a libéré de l’alcool, je n’ai fait aucun effort. Je n’avais plus besoin de boire et même quand je prenais un verre, je ne l’appréciais plus.
J’ai également décidé de pardonner à ceux qui ont abusé de moi. Cela a pris du temps pour que le pardon soit complet. Mais à ce jour, je n’ai plus aucune souffrance par rapport à ce qui s’est passé. Le pardon, pour moi, ce n’est pas excuser ce que l’on m’a fait, mais c’est me libérer des conséquences de leurs actes.
Pour quelqu’un en échec scolaire, Dieu a permis que je reprenne mes études à 40 ans. Aujourd’hui j’ai un diplôme d’éducateur spécialisé et un autre de Conseiller socio-professionnel.
La paix a remplacé l’angoisse, l’espoir a remplacé le désespoir dans ma vie.
Ma vie est complètement bouleversée et aujourd’hui, avec mon épouse, nous avons déménagé pour implanter une église dans une ville où il n’y en a pas, afin de pouvoir, à mon tour, parler de celui qui guérit les cœurs brisés et secourt les malheureux. JÉSUS CHRIST

Barbier
Votre histoire de vie m’a completement bouleversée
Et je vous remercie de votre temoignage.
Grâce à Dieu
eglisemorteau25@gmail.com
Bonjour,
merci pour votre commentaire. Avec Dieu, il n’y a rien d’impossible. Soyez bénie